Toi qui m’écoute, est-ce que l' »amour » que tu ressens se rapproche plus du « 7ob » ou de « 3ach9 » ?

Bonjour à toi, bienvenue dans Mäli Mäli, le podcast qui t’aide à comprendre le charivari de ta vie. Je m’appelle Selma Sardouk, je suis coach certifiée et praticienne en thérapie brève. J’aide les femmes à prendre leur place, s’affirmer et à se libérer des normes sociales pour vivre une vie qui leur ressemble.

Dans ce 6ème épisode, j’aborde le très vaste sujet des émotions

N’en déplaise à bon nombre de chantres du développement personnel, une émotion cela ne se gère pas, cela ne se maîtrise pas mais ça s’apprivoise. En effet, nos émotions en disent beaucoup sur nous et sur notre rapport au monde. Nous allons voir aujourd’hui ce qu’est une émotion et en quoi nos constructions sociales et culturelles influent sur nos émotions.

Il y a un mot que j’entends énormément en darija : la hchouma. Souvent, on le traduit par « la honte » mais en réalité, ce mot n’a pas d’équivalent en français. La hchouma, c’est une certaine forme de honte teintée de pudeur qui nous est imposée.

Si je parle de hchouma, c’est parce que c’est une émotion particulière car elle est envahissante. C’est une émotion qui est créé par les adultes de notre entourage lorsqu’on est enfant. On nous l’impose dès le plus jeune âge. Les règles de la hchouma sont tacites et en fonction des familles et des régions elles diffèrent, si bien que lorsqu’on est une petite fille, tout peut être une occasion de hchouma. Rire, jouer, parler trop fort, se tenir de manière inapropriée, porter un vêtement trop court, manger une glace en public, etc…

C’est le fait d’évoluer dans un environnement qui nous impose la hchouma, qui fait qu’on va la ressentir au cours de notre vie.

1/ Une émotion, c’est quoi ?

Une émotion est une réaction physiologique à un stimuli (interne ou externe), cela veut dire qu’une émotion, ça se ressent dans le corps et ensuite ça passe par la pensée. Une émotion dure très peu de temps, par exemple, la colère = 4 minutes. Une émotion, c’est de l’ordre de l’instinct primaire… cela veut dire que cela ne se contrôle pas. Lorsqu’on vit certaines situations, provoque en nous des sensations corporelles, c’est ça une émotion.

2/ La construction sociales et culturelle des émotions

En revanche, il y a une construction culturelle et sociale en ce qui concerne le stimuli qui va déclencher l’émotion. En effet, le conception d’une émotion dépend de la société dans laquelle on évolue, de notre bagage culturel mais aussi de notre genre.

Premièrement, cela se ressent dans la langue. Comme je viens de le dire avec l’exemple de la hchouma, certaines émotions existent dans certaines langues et pas dans d’autres. Par exemple, le hüzün est une forme de mélancolie qu’on ne peut exprimer qu’en turc. La rasa en hindi désigne la joie qu’on ressent en parcourant une oeuvre. Toujours en turc, sevmer veut dire amour et on l’utilise aussi pour exprimer ce qu’on ressent lorsqu’on dorlote un bébé. 

D’autre part, Selon Samuel Lepine, on peut aisément constater que les mêmes causes ne déclenchent pas les mêmes émotions, que les mêmes émotions ne seront pas exprimées de la même manières et que nous ne valorisons pas les mêmes émotions en fonction de notre environnement culturel.

1. Lors d’un décès par exemple, on peut voir dans certaines familles les proches du défunt retenir pudiquement leur larmes en public et dans d’autres les femmes extérioriser leur peine en criant et pleurant. L’événement, ici le décès, cause la même émotion (tristesse) mais elle est exprimée différemment en fonction du contexte socio-culturel.

2. Autre exemple : le fait d’aller chez, même proche, quelqu’un les mains vides, c’est considéré comme une honte dans les cultures nord-africaines, et on peut se prendre le chou pendant des heures pour préparer ou trouver quoi apporter chez nos hôtes pour ne pas se couvrir de honte. Dans d’autres cultures, c’est tout à fait acceptable.

C’est la signification qu’on donne à l’événement qui nous fera ressentir ou non de l’émotion. Les émotions sont rattachées aux valeurs et croyances sociétales. Ce sont les croyances que l’on a autour de la bienveillance ou bien de l’amour des autres qui en font des émotions valorisées dans nos sociétés. Les émotions ne sont pas non plus perçue de la même manière en fonction de notre genre. Par exemple, la colère est l’émotion qu’on ressent lorsqu’on est face à une injustice, qu’on sent qu’une de nos limites est outrepassée ou qu’une de nos valeurs est violée.

En fonction du contexte dans lequel on vit, il sera valorisée de se mettre en colère pour certaines choses mais pas pour d’autres. En France, il est de bon ton pour un homme de s’insurger pour x raisons mais c’est mal vu pour une femme de s’indigner lorsque Roman Polanski remporte le Cesar du meilleur réalisateur malgré toutes les affaires de viols qu’il a sur le dos. La prochaine fois que tu ressentiras une émotion, rappelle-toi qu’elle est valide, que tu n’as pas à apprendre à la gérer mais à écouter son message et à comprendre ce qu’elle veut dire.

Merci d’avoir écouté ce 6ème épisode de Mäli Mäli, pense à le partager autour de toi s’il peut aider une personne de ton entourage à comprendre les constructions socio-culturelles des émotions, on se retrouve dans 15 jours pour le prochain épisode qui parlera de la puissance des émotions négatives.

À très vite dans Mäli Mäli.